Lettre au Marchand de Sable / Letter to the Sandman

Cher Marchand de Sable,

puisque je dois mourir,
je peux bien tout vous dire.
J’étais l’enfant de la mer,
roi de royaumes immenses.
Mais le vent a tourné
et mon coeur
tel un bateau de cristal
en mille éclats
sur le récif s’est brisé.
Mon rêve est une île trop lointaine,
je ne vois plus l’étoile du Berger.
Ce soir Dieu m’abandonne,
alors, sans aucun regret,

mon âme, je vous la donne.

~

Dear Mr Sandman

because I have to die
I can tell you everything.
I was the Child of the Sea,
the King of infinite realms.
But winds were harsh
and unforgiving. The tide turned,
and like a crystal boat
running aground the reef
my heart shattered
into a million pieces.
My dream is an island too far,
I lost sight of my lucky star.
Tonight God has forsaken me
and without any regrets

I give you my soul.

Jamais trop tard / Never too late

Un matin de mai
j’ai vu sur un mur de Paris
écrit en lettres rouges
le mot AMOUR.

Cela m’a rendu triste,
triste
car d’Amour
le monde manque tant,

et j’ai soudain pensé
plein de regrets
à tous mes “j’aurais-dû”
à tous mes “j’aurais-pu”.

Alors un ange ou peut-être
cet enfant en chacun de nous
a murmuré
“il n’est jamais trop tard !”

Un matin de mai
j’ai vu sur un mur de Paris
écrit en lettres rouges
le mot AMOUR.

~

On a May morning
I saw the word LOVE
written in red 
on a wall in Paris.

That made me feel sad,
so sad
for the world craves
a Love so deep!

 And I regretfully thought
about all my 
“I-should-have” 
and “I-could-have”…

Then an angel
or maybe the child in each of us
whispered 
“It’s never too late…”

On a May morning
I saw the word LOVE
written in red 
on a wall in Paris.

~

illustration: image chef

Clair Matin

Hope is the thing with feathers that perches in the soul – and sings the tunes without the words – and never stops at all. (Emily Dickinson)

La Vérité se tait,
le mensonge est bavard.
Aussi devons-nous
chérir le Silence,

endurer, aimer, espérer
et surtout
ne jamais dire du Temps
qu’il est un assassin

car toujours un Clair Matin
plus brillant qu’une étoile
vient pour nous mener
vers d’autres lendemains.

Entre Chatou et Croissy

La Seine à Chatou (Renoir)

J’ai marché le long de la Seine
entre Chatou et Croissy
là où des peintres avec mélancolie
allaient pour oublier leur peine.

J’ai vu des roses trémières
qui se dressaient,
pauvres mais fières,
des reflets qui dansaient,

des arbres au bord de l’eau,
et de jolies maisons
aux volets à demi clos.
Et soudain, sans raison,

tristesse est devenue
confiance,
comme une évidence,
l’Espoir m’est revenu.

~

illustration : The Seine at Chatou, Renoir (1881)