Lettre au Marchand de Sable / Letter to the Sandman

Cher Marchand de Sable,

puisque je dois mourir,
je peux bien tout vous dire.
J’étais l’enfant de la mer,
roi de royaumes immenses.
Mais le vent a tourné
et mon coeur
tel un bateau de cristal
en mille éclats
sur le récif s’est brisé.
Mon rêve est une île trop lointaine,
je ne vois plus l’étoile du Berger.
Ce soir Dieu m’abandonne,
alors, sans aucun regret,

mon âme, je vous la donne.

~

Dear Mr Sandman

because I have to die
I can tell you everything.
I was the Child of the Sea,
the King of infinite realms.
But winds were harsh
and unforgiving. The tide turned,
and like a crystal boat
running aground the reef
my heart shattered
into a million pieces.
My dream is an island too far,
I lost sight of my lucky star.
Tonight God has forsaken me
and without any regrets

I give you my soul.

Dans un Jardin / In a Garden

Un soir d’été,
peut-être en juillet,
quand la lumière faiblissante
apaise tout,

après avoir touché la terre
et les arbres,
et senti la brise
s’élever jusqu’aux étoiles,

dans ce fin brouillard bleu,
qui fait la beauté
d’un jardin avant la Nuit,
paisiblement,

j’aimerais quitter le monde.

~

On a Summer evening
maybe in July
when the dimming Light
heals everything

after I touched
trees and soil
and felt the breeze
rising up to the stars

in the blue mist that makes
a garden before the Night
such a peaceful place
I would like to leave

the world behind.

~

illustration: Garden of Dreams
(Eyvind Earle, 1990)

Vivant

ferns-by-the-water

Ce poème est un jardin,
un jardin derrière un mur,
un mur si facile à franchir
si l’on reste un enfant.

On peut y voir
tout de lumière, l’iris blanc
et même le noyer,
celui qu’avait planté mon père,

et aussi des violettes,
celles qu’aimait ma mère,
et de grandes fougères
qui gardent une Source.

Dans ce jardin,
quelque part entre ces mots,
n’en doutez pas,
je suis et resterai vivant.

~

illustration: Ferns by the water
Isaac Levitan (1895)